Franswa Tibère, tisaneur à La Réunion

Franswa Tibère


Franswa Tibère

Franswa Tibère

C’est dans les hauts de Saint Paul, dans la partie Ouest de la Réunion, que nous avons rencontré Franswa Tibère. Heureusement que nous avions un super chauffeur parce que je ne suis pas sûre que sans lui nous serions arrivés. Peut être même que nous tournerions toujours 🙂 . Il faut monter monter monter depuis le Dina Morgabine où nous logions puis tourner tourner tourner avant d’atteindre son domicile 🙂 . La pluie tropicale qui tombait depuis le matin n’arrangeait pas notre visibilité mais au bout d’un moment, nous avons pu lire : Tizanerie. Amis des internet nous étions enfin arrivés et j’avais envie de vous raconter.

Un tisaneur, c’est à la fois quelqu’un qui cultive et cueille les plantes et quelqu’un qui est un peu guérisseur m’a expliqué Franswa lorsque je lui ai demandé quel était son métier.  Dans ma famille, depuis plus de 5 générations on soigne, aussi bien du côté paternel que maternel. Ma mère était une matrone. Aujourd’hui on dirait une sage-femme. Elle aidait les enfants à venir au monde.

Avez-vous toujours voulu être tisaneur ?

Pas du tout. Je suis né à la fin  des années 50 et je suis parti d’ici à l’âge de 17 ans. Et puis j’ai eu un grave accident. Pendant que j’étais dans le coma, j’ai entendu une voix me dire  : « Franswa, rentre au pays, il y a un bout de terre qui t’attend ».

Quand j’ai été guéri, je suis revenu. Au début je voulais m’installer du côté de Mafate pour le côté très paisible, très serein, mais cela n’a pas pu se réaliser.  J’ai exercé plein de petits boulots : ambulancier, table d’hôtes, restaurateur…..  Ce n’était pas facile. Et puis j’ai trouvé ce bout de terre et je l’ai acheté.  J’ai démarré un élevage de chèvre pour produire des fromages. J’ai vécu sous une tente sans eau et sans électricité pendant 3 ans. Cela m’a secoué sérieusement et profondément. Et puis un jour, j’ai eu un choc. Alors que je prenais ma douche en fin de journée, une allergie s’est déclenchée. Le nez qui coule constamment pendant des mois. Rien ne me soignait et j’avais marre de la cortisone. J’ai donc décidé de chercher moi même. J’ai rencontré des médecins, des herboristes, des tisaneurs. Et puis un jour, c’était un 2 novembre, j’étai rencontré un vieil homme dans un cimetière, un gramoune comme on dit ici. C’est lui qui m’a guérit grâce à une herbe locale, le plantain.

Je suis donc revenu  à la nature. C’est comme cela que je me suis refait une santé, en harmonie avec la terre.

Tizanerie

Tizanerie

Comment avez-vous appris ? 

Cet homme m’a beaucoup aidé. Pendant une quinzaine d’années il m’a transmis une partie de son savoir. C’était comme un deuxième père pour moi. Pour moi, cette rencontre n’était pas due au hasard. Et puis j’apprends tous les jours. A l’école j’étais plutôt au fond de la classe. Je suis rentré âne, j’en suis sorti bourrique. Mais dans la nature, j’acquiers  constamment de nouvelles connaissances. C’est la plus grande université du monde et en plus, elle est gratuite.

Comment exercez-vous votre profession ? 

Je cultive des plantes et des herbes, je vais en chercher d’autres dans la nature. Je soigne mon voisinage proche, ma famille et tous les gens qui viennent chez moi. J’ai été d’ailleurs très occupé pendant l’épidémie de Chikungunya et j’ai guéri de nombreuses personnes. Beaucoup de gens sont attirés par ces médecines ancestrales. Ils comprennent que leur santé est en eux et qu’elle est aussi dans leur mode de vie et dans leur assiette. La nature, c’est la pharmacie du Bon Dieu. On doit être fier et reconnaissant de ce qu’elle nous offre.

Combien de plantes différentes utilisez-vous ? 

Entre 70 et 100, cela dépend des saisons. Je peux les sécher, en faire des sirops, des tisanes. A la Réunion nous avons la chance d’avoir une multitude de plantes et parmi celles-ci certaines, endémiques, ont fait leurs preuves. Je pense au geranium Bourbon par exemple.

Franswa Tibère - Géranium Bourbon

Franswa Tibère – Géranium Bourbon

On en produisait 160 tonnes dans les années 60. A l’époque c’était surtout utilisé comme fixateur de parfum. Aujourd’hui on en cueille à peine une tonne. J’en distille pour en faire de l’huile essentielle comme le faisaient avant moi mon père et mon grand-père.

A quoi sert cette huile essentielle ? 

Elle est excellente en usage externe pour les problèmes de peau : eczéma, psoriasis, acné, mais aussi en soin suite à une brûlure. Elle est également utile pour lutter contre les parasites comme les poux, les vers intestinaux. C’est également très bon pour soigner les douleurs à la gorge (angines). Je distille aussi du cryptomeria qui est utilisée en massage pour lutter contre les douleur.

Est-ce que vous diriez que vous êtes heureux aujourd’hui ?

La misère et le manque de liberté dans le monde m’empêchent d’être complètement heureux.  Mais ici je suis bien, dans cette île où l’on vit bien ensemble, où la terre est généreuse et la nature magnifique.

Auriez-vous un conseil pour les gens pour qu’ils se sentent mieux, moins stressés par la vie moderne ? 

Revenez à la nature, revenez à la terre. Si vous en avez la possibilité, achetez un petit bout de jardin.

Merci Franswa.

Une jolie rencontre de voyage !

Infos pratiques :

Enjoy !

 

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