Thierry Bouvet, pêcheur professionnel sur la Loire

Thierry Bouvet, pêcheur professionnel sur la Loire


Thierry Bouvet

Thierry Bouvet

Comme vous le savez, nous avons passé avec mon mari quelques jours dans la région Centre Val de Loire. Du Côté de Tours, nous avons rencontré Thierry Bouvet. Il est l’un des quatre pêcheurs professionnels du département d’Indre et Loire. Nous l’avons rejoint tôt le matin à Rochecorbon, à quelques minutes de Tours. Malgré l’heure matinale, les températures étaient déjà douces et c’était un vrai bonheur que d’embarquer sur son bateau de type Hollande en acier de 6 mètres de long. Nous avons pu l’accompagner pendant la matinée, relever avec lui les filets posés la veille au soir et parler de son métier. Une balade bucolique dont je me souviendrai longtemps. Que la Loire est belle !

Comment devient-on pêcheur professionnel ? , lui ai-je demandé alors que nous naviguions sur le fleuve.

Je suis géographe de profession et ai exercé différentes activités dans ma vie dont responsable de communauté chez Emmaüs. C’est grâce à Jean Ley et à son association Millière Raboton (groupe de passionnés de la Loire et de l’univers ligérien) que j’ai découvert le fleuve et en suis tombé amoureux. 2 rencontres ont ensuite été déterminantes : celle de Clément Sirgue, fondateur de l’association La Rabouilleuse regroupant des mordus de navigation fluviale et celle de Philippe Boisneau, pêcheur professionnel sur la Loire à Amboise.  En 2013 j’ai succombé à l’appel du fleuve et ai saisi l’opportunité de devenir moi aussi pêcheur professionnel sur cette partie de la Loire, autour de Rochecorbon.

Quelles espèces pêchez-vous ? 

Je capture environ 1/3 de silures, 1/3 de mulets et 1/3 de poissons blancs comme la carpe, le barbeau, le chevesne, la brême, l’aspe, la perche, un peu les gardons. Et puis sporadiquement je pêche quelques poissons plus rares comme le sandre ou le brochet. Chaque année je prélève entre 3 et 5 tonnes de poisson.  Et selon les espèces, ils pèsent de 10 g à 100 kg. C’est très varié.

Perche de Loire

Perche de Loire

Pouvez-vous nous parler du silure ? 

Oui. C’est un poisson qui avait disparu de la Loire depuis la dernière glaciation. Il est revenu depuis une quarantaine d’années. Son poids peut dépasser les 100 kg. Très vite sa taille fait qu’il ne peut plus être consommé par les autres et il devient le roi du fleuve. La pêche permet de réguler sa population et sa chair très fine est aisée à travailler. On peut l’accommoder de nombreuses façons.

Y a-t-il une saisonnalité pour la pêche ? 

Pour la pêche globalement pas vraiment puisque que l’on peut pratiquer de 4 h avant le lever du soleil et jusqu’à 4 heures après le coucher du soleil. Mais selon les espèces il peut y avoir des restrictions, des saisons. C’est le cas pour le brochet ou le sandre.

Sur la Loire

Sur la Loire

Combien de pêcheurs êtes-vous sur la Loire ? 

Il existe 400 pêcheurs professionnels d’eau douce en France. 180 sont sur la Loire, et ici, en Indre et Loire, nous sommes 4.

Est-ce un métier difficile ? 

Il y a plusieurs choses qui sont compliquées. Il faut dénicher les clients. Traditionnellement la pêche de Loire se commercialisait en circuit ultra court. Le pêcheur passait sa production dans le restaurant de son épouse, vendait à ses amis, sa famille, faisait le tour des restaurants avec sa 2 CV. Aujourd’hui ce n’est plus possible car la consommation de poissons d’eau douce a quasiment disparu depuis les années 70.  Et au fil des années, le savoir faire culinaire et les recettes se sont perdus. Ils sont devenus mal aimés. On parlait de goût de vase etc.

Aujourd’hui, les choses changent. Heureusement, certains chefs ont entretenu la tradition. D’autres l’ont relancée, l’ont revendiquée comme Bernard Charret du temps de son restaurant les Chandelles Gourmandes ou Florent Martin au Martin Bleu à Tours. Et toute une génération de jeunes chefs qui ont aujourd’hui entre 35 et 45 ans se mettent à travailler ces poissons. Christophe Hay à La maison d’à côté en est un parfait exemple et un ambassadeur fantastique.

Comme ils sont à nouveau cuisinés, les gens deviennent plus curieux à leur sujet. Ils sont excellents, très bons, très fins, mais à l’exception notable du silure, ils sont plein d’arêtes. Il faut les préparations qui vont avec.

L’autre difficulté à laquelle je suis confrontée est le modèle économique. Quand je me suis installé, je me suis dit que le seul moyen de m’en sortir était de valoriser la totalité du poisson.  Je propose donc différentes préparations : frais ,cuisiné (terrines de poisson), fumé que je commercialise auprès des restaurateurs, des AMAP, via différents circuits courts. Et puis il y a bien sur le garum.

Le garum ? 

Oui c’est une sorte de nuoc mâm. J’ai commercialisé ma première bouteille en janvier. Cela me permet d’utiliser toutes les parties du poisson.

Garum

Garum

Comment se passe votre journée ?

Je pose mes filets le soir et je viens les relever le matin. On utilise toutes sortes de techniques  : filets fixes, filets dérivants, nasses, verveux, éperviers.

La Loire est-elle polluée ? 

Pas beaucoup. Un peu de pollution agricole qui crée une présence d’algues vertes en suspension, quelques rejets médicamenteux mais globalement cela va. D’ailleurs l’eau est claire. Ce qui nous impacte davantage, ce sont les changements climatiques brutaux. Les poissons sont complètement perdus avec la montée de la température des eaux. Le cycle de reproduction peut parfois sauter une année.

Quelle est votre poisson de Loire préféré ?

J’ai un faible pour la carpe de Loire. Longtemps elle a été associée en terme de saveurs à la carpe d’étang mais celle de Loire n’a pas du tout de goût de vase. 2/3 des carpes ont la chair rouge, 1/3 la chair blanche sans que l’on sache pourquoi. Mais quelle que soit sa couleur elle est exceptionnelle. Je vous la recommande en tartare. Un délice.

Est-ce que vous regrettez votre vie d’avant ?

Jamais ! La Loire a cette liberté de nous surprendre. Elle est parfois merveilleuse, parfois galère. En dépit de la nonchalance d’aujourd’hui, elle a une force colossale et montre parfois des colères mémorables. Il faut la respecter et c’est tout ce qui fait son charme. Ajoutez à cela la lumière de la Touraine et vous comprendrez que cela crée une ambiance particulière dont je ne me lasse pas une seconde.

Merci Thierry.

Thierry Bouvet – Pêcheur professionnel – Montlouis sur Loire – Téléphone : 07 62 14 14 93 – Email : bouvet-t@orange.fr

Pour plus d’informations sur la région : l’Office de tourisme de Touraine : www.touraineloirevalley.com. Il y a aussi une page Facebook Touraine Val de Loire et un compte Instagram Touraine Val de Loire.

 



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